« affiches »

Toutes les photos de la série sont en noir et blanc. Une légende permet de restituer pour chaque image, le lieu, le personnage ou une autre indication contextuelle : Marie-Césette, Vètyè, Baka, Andrew, Grozny, Rwanda, Rio de J. , OMC, Irak, Haïti, Gaza, Exil, Cordoba. Le schéma emprunté correspond à celui d’images très répandues dans le milieu de la photographie de reportage et vulgarisées par les médias. La manipulation des images par le procédé de la mise en scène est le leitmotiv de cette série. En ayant recours à des comédiens haïtiens, mimant et rejouant une « scène » sous sa directive, l’artiste Guillaume Coadou a tenté de protester contre certaines réalités véhiculées par la presse et le photojournalisme, à savoir des situations de vies intolérables vécues dans plusieurs pays du monde : Rwanda, Gaza, Irak, Vietnam, Haïti.

Le choix d’Haïti comme pierre angulaire de son regard critique des médias et de certaines photographies de reportage, s’explique par le fait que la première République noire au monde est devenue un point d’ancrage artistique, et ce, depuis son premier séjour sur l’île en 1999. « Affiches » est donc également une manière d’exprimer la vision intime d’un pays devenu une véritable patrie d’exil artistique. Travailler en collaboration avec des comédiens exclusivement haïtiens, est une manière pour l’artiste photographe de rester fidèle à la réalité haïtienne que tente de dévoiler la série. Qu’elle est-t-elle ?

Pour Coadou, elle repose paradoxalement sur un jeu fécond entre réalité et fiction. Il reprend ainsi à son compte la belle formule de l’écrivain Graham Greene pour qui les haïtiens sont des comédiens. Greene soulignait précisément par là que le peuple haïtien, aime jouer, se mettre en scène, y compris dans les moments les plus dramatiques.

« Affiches » interroge cette frontière poreuse entre la fiction et la réalité, entre l’illusion et le réel. Ce jeu appartient à part entière à la culture haïtienne, et plus précisément au culte du vaudou.

« Affiches » renouvelle donc des images précises déjà consommées par la culture populaire.

Cordoba_AfficheOn peut y reconnaitre la fameuse photographie de Robert Capa, renommée Cordoba, un clin d’œil explicite à la ville de Cordoue. La photographie Marie-Césette est une référence directe à la grand-mère d’Alexandre Dumas. Le grand père de l’auteur de La Reine Margot, baptisé le Marquis de la Pailleterie, épousa une de ses esclaves à Saint-Domingue. Celle-ci portait le prénom de Marie-Césette.

Cette série repose aussi sur un ensemble de correspondances littéraires, picturales et photographiques. L’usage du procédé du détournement, le recours aux clins d’œil est encore une fois une manière de se jouer et de jouer avec des références tout en tentant de   « mettre au monde » l’Haïti réelle et actuelle.

Délier, lier les histoires, les contextes, les actualités, révèle la vision intimement politique d’une photographie imprégnée de réalités humaines.

G.B

15 épreuves argentiques avec texte en sérigraphie ; d’après négatifs noir et blanc. 40 x 26 cm (feuille). Tirage de 2 exemplaires.
15 affiches en impression offset, 60 x 40 cm. Tirage de 200 exemplaires.

 

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